06.06.2008

la reconstruction

la reconstruction, cela veut dire quoi en fait, on te dit que après un deuil, il y a 3 grandes phases, la résignation, l'acceptation et la reconstruction.

 Moi j'ai zappé la phase de l'acceptation, déjà que j'ai encore du mal par moment à la résignation, accepter ce départ, cette mort stupide, accepter que tout tes projets et les miens ne se réalisent jamais ça je ne le peux pas. Alors pour l'instant pas question d'acceptation.

la reconstruction, j'ai passé déjà tellement d'année à me construire ou me reconstruire suivant le cas, j'avais fini par trouver un équilibre de vie après tant d'années de galère entre toi et franck, j'avais réussi à retrouver une relation affective avec tes soeurs. On était heureux, j'étais heureuse, je m'étais enfin reconstruit.

Et aujourd'hui on me dit, il faut recommencer, il faut tout recommencer, se reconstruire à nouveau. Comment, pourquoi, je n'ai plus envie de recommencer à zéro, je n'ai pas envie de repartir sur une nouvelle construction sans toi. Et pourtant comment faire autrement.

Je pense que cette phase de reconstruction va me prendre beaucoup de temps et d'énergie parce que pour l'instant je n'en ai pas envie. Aujourd'hui je reste là au bord du chemin à regarder vivre les autres, à me regarder vivre et pourtant je n'ai pas l'impression d'exister.

Certes je n'ai pas envie de reculer, de vivre dans le passé, mais je n'ai pas non plus envie d'avancer et d'aller vers l'avenir. Alors je reste là, dans le présent, mais j'ai parfois l'impression de ne plus rien ressentir, ni le bien, ni le mal, c'est comme si j'étais vide de tout, comme si tout glissait sur moi, comme si plus rien n'avait d'importance.

La phase de reconstruction n'est pas encore en marche.

 

05.06.2008

la fête des mères

une deuxième fête des mères sans toi.

 Quand une maman perd un enfant elle voudrait supprimer toutes les fêtes : fête des mères, noël, anniversaires, car chaque fête familiale lui rappelle cruellement l'absence de son enfant.

Et pourtant la vie continue, et je suis aussi la maman de cécile et de marjory, et elles sont vivantes et elles ont plaisir à faire la fête.

Cette année tout le monde était réuni pour la fête des mères, et ton absence a été d'autant plus difficile pour moi. Même si je sais que tu étais là dans mon coeur, ta présence à cette réunion familiale m'a tellement manqué.

 Chaque fête est devenue un plaisir et une torture pour moi. On a beau se dire que tu gardes la présence de ton enfant dans ton coeur et dans ta tête, l'absence physique reste toujours une lourde souffrance à vivre au fil du temps.

Et ces fêtes ravivent cette souffrance, elles te font sentir encore plus l'absence de ton enfant.

Tu m'as tellement manqué pour la fête des mères mon bonhomme.

Je t'aime

maman

03.06.2008

la résignation

La résignation, un mot que je n'aime pas, un mot que je n'ai jamais aimé. Je me suis battue une partie de ma vie justement pour ne pas me résigner.

 Pendant toute les années ou nous avons vécu ensemble, je ne me suis jamais résignée à ta maladie, je me suis battue pour que tu ne sois pas un enfant malade, un enfant différent.

Je t'ai appris très jeune que ton coeur était différent de celui des autres et que c'était pour cela que nous allions à l'hôpital si souvent. En dehors de ces périodes d'hospitalisation je t'ai laissé vivre comme les autres, je t'ai laissé courir, faire du sport, fumer, sortir, t'amuser. Il n'était pas question de se résigner, à ta naissance tu ne devais pas vivre alors j'ai décidé de te laisser vivre cette vie miraculeuse qu'était la tienne le plus intensément possible.

Au fil du temps, je me suis prise moi aussi au jeu et j'ai oublié que ton coeur pouvait être si fragile.

Et maintenant, pour la première fois de ma vie, je suis obligée de me résigner, je n'ai pas le choix, je dois me résigner à ton départ et à ma vie sans toi.

Parfois j'ai encore l'envie de quitter cette terre et de te rejoindre dans ton paradis blanc, même si je sais bien que je ne le ferai pas. Il y a des jours ou cette vie, ma vie me paraît trop triste et trop vide sans toi.

Mais le temps passe et la souffrance s'estompe petit à petit, les images des premiers jours viennent moins souvent troubler mes jours et mes nuits.

Et puis il y a sur cette terre des gens qui m'aiment et que j'aime et que je n'ai pas envie de quitter même si sans toi ma vie me paraît si dure.

Tu as emporté avec toi 22 ans de ma vie, une vie pleine d'amour et de tendresse, de joie et de bonheur et j'ai encore trop de mal à me souvenir de ces jours heureux, j'ai encore trop de mal à l'idée que je ne te reverrai plus jamais, que cette vie là est fini à tout jamais.

 Je t'aime tellement fort mon bébé.